Le palais de Charlemagne (Herstal, Belgique)

Les fouilles de la place Licourt ont révélé plusieurs tombes, dont des sarcophages en calcaire typiques des VIIe-VIIIe siècles, associées aux fondations d’une église.

L’actualité de l’archéologie belge est particulièrement riche en ce moment. Cependant, elle est aussi entachée d’événements déplorables. Le 30 janvier dernier, l’Agence wallonne du patrimoine (AWaP) a annoncé sur ses réseaux sociaux avoir mis au jour, sous la place Licourt à Herstal, les vestiges d’une église et de sarcophages remontant aux VIIe-VIIIe siècles. Cette découverte atteste probablement de la présence, à proximité, d’un palais carolingien : Herstal est mentionné au temps de Charles Martel comme une simple villa, avant d’être qualifié de palatium à partir de Pépin le Bref, entre 752 et 920.
Les Carolingiens, et notamment Charlemagne, possédaient de nombreux palais disséminés à travers l’empire. Aix-la-Chapelle est le plus célèbre, mais, comme leurs prédécesseurs mérovingiens, ces rois étaient itinérants et se déplaçaient de résidence en résidence pour administrer leur territoire. Chaque palais était bien plus qu’un lieu de résidence : c’était un centre de pouvoir où se prenaient des décisions politiques et où se réunissait l’entourage royal. Herstal est ainsi connu pour être le lieu où Charlemagne publia son premier capitulaire en 779, un texte fondamental visant à organiser son royaume. Cette découverte archéologique constitue donc une avancée majeure dans la connaissance de cette période. Jusqu’ici, l’importance d’Herstal était surtout attestée par les sources écrites. La mise au jour de ces vestiges permet désormais d’ancrer ces témoignages dans une réalité tangible.


Une telle mise en évidence est rare : la dernière en date, entre 2016 et 2022, concernait un autre palais carolingien, fouillé par le service départemental d’archéologie de l’Aisne à Samoussy (responsable Gilles Desplanques). Ces découvertes apportent un éclairage précieux sur l’organisation et l’implantation des résidences royales au haut Moyen Âge, période encore mal connue sur le plan archéologique.
Malheureusement, le site d’Herstal a rapidement été la cible d’actes de vandalisme. Peu après l’annonce de l’AWaP, il a été pillé lors du premier week-end de février. Comme le rapporte la presse belge, « un ou plusieurs individus se sont introduits sur les lieux, dérobant des os vieux de plus d’un millénaire et détruisant plusieurs sépultures ». Aucun objet ne semble avoir été emporté et les ossements n’ont qu’une faible valeur marchande, bien que, tragiquement, le trafic de restes humains existe bel et bien. Une enquête est en cours, mais les dommages sont irréversibles. Ces actes posent une nouvelle fois la question de la protection des sites archéologiques en milieu urbain et de la vulnérabilité des vestiges exposés trop rapidement au grand public.

Chaque élément a son importance

En archéologie, les vestiges, y compris les restes humains, n’ont de réelle signification que si leur contexte de découverte est préservé et étudié. Chaque élément a son importance : la position d’un corps, l’agencement des structures, la stratigraphie du site permettent de comprendre l’histoire des lieux et des sociétés qui les ont occupés. C’est pourquoi les spécialistes s’opposent fermement à l’usage non encadré des détecteurs de métaux, qui, en perturbant ces contextes, font perdre une part inestimable des informations scientifiques.

À Herstal, la valeur historique du site rend ces dégradations d’autant plus regrettables. Cet événement souligne aussi la complexité de la communication autour des fouilles. Annoncer une découverte est nécessaire pour faire avancer la recherche et sensibiliser le public à la préservation du patrimoine. Cependant, une divulgation trop précoce ou mal contrôlée peut attirer des individus mal intentionnés, mettant en péril l’intégrité des sites.

En France, depuis les années 2000, les chercheurs ont pris conscience de l’importance d’informer le public et participent davantage à la diffusion des connaissances. L’Inrap illustre bien cette évolution, maîtrisant parfaitement la mise en avant et le relais médiatique de ses découvertes, comme en témoigne récemment celle de la plus ancienne maison néolithique de Provence, à Cavalaire-sur-Mer. Grâce à des stratégies de communication adaptées, les archéologues parviennent à partager leur travail sans compromettre la sécurité des sites.

Toutefois, cette médiatisation reste mesurée et ajustée pour limiter les risques de pillage. Par ailleurs, sur les sites sensibles, en particulier les nécropoles, des mesures de surveillance sont désormais souvent mises en place afin de prévenir de tels actes. Cette précaution est d’autant plus nécessaire que les fouilles archéologiques, bien que strictement encadrées, suscitent parfois des convoitises. Certains pillards recherchent des objets de valeur, tandis que d’autres s’intéressent à des restes humains dans un but macabre ou pseudoscientifique.

Face à ces enjeux, il devient crucial d’allier recherche scientifique, sensibilisation du public et protection des sites. L’archéologie, bien loin d’être une discipline tournée vers le passé, se confronte à des problématiques contemporaines, entre valorisation du patrimoine et lutte contre sa destruction. Aujourd’hui la rédaction de l’archéologue se joint à la communauté scientifique pour apporter son soutien aux archéologues du site d’Herstal dont le travail a été très largement perturbé.

Francis Olivier pour L’Archéologue n°173 (printemps 2025), p. 68-69.

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